C’est dans la salle polyvalente du Crotoy, que la conférence " Quel avenir pour la baie de Somme" s’est déroulée, et organisée par le Collectif Baie de Somme, sous la houlette de son fondateur, Daniel Convain, secrétaire, et présentée par Jacques Béal.
Une conférence-débat en trois parties, dont la première «
La Baie de Somme : évolution », par Bruno Goffé, directeur de recherche au CNRS, directeur Scientifique Adjoint de l’Institut National des Sciences de l’Univers (INSU), la seconde « La spartine, développement et impact », avec comme intervenants Patrick Triplet, directeur scientifique milieux naturels du SmaCoPi et Antoine Meirland, directeur GEMEL Picardie.
Enfin dernière partie, « Préservation du caractère maritime », dans le cadre du “Projet Baie de Somme” et de l’Opération Grand Site Baie de Somme, soutenu entre autre par le SmaCoPi.
Le comblement de la baie de Somme est un sujet d’inquiétude permanent. Lors de la conférence du Collectif Baie de Somme qui s’est déroulée au Crotoy le 2 juin 2002, l’étude réalisée et présentée par Bruno Goffé faisait état d’un comblement par les herbus de plus de 1000 hectares dans les 20 années à venir. Bruno Goffé, Patrick Triplet et Antoine Meirland ont ainsi exposé ce qui contribue à réduire les fonctions, les ressources maritimes et l’attrait du site.
Un avenir incertain
La partie qui a le plus captivé le public, venu d’ailleurs très nombreux, fut celle de Bruno Goffé. Chacun s’est rendu compte du problème dû au réchauffement de la planète, et plus particulièrement à l’augmentation du niveau d’eau par la fonte des glaces et les gaz a effet de serre.
« Une étude confirme notre inquiétude au sujet d'une éventuelle submersion du Marquenterre et des Bas-champs par surcôte des marées. Le projet Discolobe, document de 2004, publié par EDF (Recherche et Développement), concerne la vulnérabilité des infrastructures vis à vis des changements climatiques. Elles montrent des possibilités de surcôte pouvant atteindre 4 m au niveau de
la Baie de Somme. Une surcôte d'une telle amplitude entraînerait un dépassement des digues les plus hautes de 1 à 2 m en fonction des coefficients des marées. Ce document confirme aussi la réalité de l'augmentation du niveau moyen de la mer dans notre région (marégraphe de Dieppe) qui est actuellement de 1cm/an en moyenne pour les hauteurs de marée maximale » précise Bruno Goffet, et de poursuivre, « Il peu y avoir des anomalies de surcôte maxi augmentant de 1 cm dans
la Manche. C ’est un phénomène à la fois local et mondial.
La Manche amplifie les marées de l’atlantique, avec une surcôte centennale de 4 mètres. Le niveau géographique Français étant de 6,80 mètre, le NGF au Crotoy est de 6 mètres. Depuis 1993, il y a une dilatation des 700 premiers mètres. Il y a une bonne corrélation entre le niveau de la mer et la température avec le CO2 et méthane, émis par l’élevage et les rizières. Nous sommes en train de réchauffer la terre artificiellement ».
Ainsi l’avenir reste incertain. Il dépend de la réponse climatique, de la fonte des glaces et des effets locaux. Les conséquences pour
la Somme et sa baie est : la submersion, rupture des digues des bas-champs, entre Ault et Cayeux-sur-Mer, avec une forte érosion du sud de Cayeux et un fort dépôt au poulier du Hourdel, sans oublier les sédiments entrants à chaque marée, couplée à une forte érosion des fond marin, ce qui entraînera un ensablement de l’estuaire. « Un débordement de 800 000 m2 d’eau avec une hauteur de 5,50 NGF. Submersion généralisée des bas-champs avec une surcôte de 1,30 mètres » souligne Bruno Goffet par rapport au comité de pilotage effectué par le confortement des zones urbanisées du Vimeu.
La Baie de Somme est la situation exemplaire constatée avec l’arrivée de mégarides, vagues de sable transporté dans la baie, d’où l’avancée et le comblement de celle-ci, et l’érosion du sud de Cayeux, du massif dunaire de Quend, du marais du Crotoy et de
la Maye.
Les solutions
« Que faire ? C’est un choix politique et économique. Il faut faire des digues (de 13 m en béton) comme en baie de Rye en Angleterre. Le coût est entre 20 et 40 millions d’euros. L’avenir c’est l’eau et le sable. Le choix du Conseil Général est de réconforter les digues et de dépoldériser » a indiqué Bruno Goffet.
Côté SmaCoPi, « Il faut travailler avec la nature et la mer. Il faut refaire un estuaire et retirer les polders conquis en 1976 » a évoqué son directeur. Pour Patrick triplet, directeur scientifique du syndicat mixte, « il faut contrôler la spartine, comme le labourage de 120 ha effectué en 2006, mais on ne pourra la vaincre ».
Enfin, pour répondra au devenir mais aussi à l’avenir de
la Baie de Somme, la maison de l’Oiseau deviendra une structure plus appropriée, qui se dénommera
la Maison de
la Baie de Somme.
L. Fromentin