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C’est à la mairie de Cayeux-sur-Mer, que la deuxième réunion de travail, sur trois au total, s’est déroulée sous la direction des équipements départementaux du Conseil Général de la Somme, dont Pierre Daniel en est le vice-président, des responsables de la SOGREAH et de AhAh paysagistes, et en présence des acteurs locaux, élus, et responsables d’associations dont le Collectif Baie de Somme du Crotoy, l’association pour le littoral Picard de Cayeux-sur-Mer, les chasseurs, l’association syndicale des Bas-champs, le club des pêcheurs et plaisanciers, le Yacht club, le syndicat mixte Baie de Somme et les carriers comme le directeur de Silmer.
L’étude sur le projet de dépoldérisation expérimentale de la ferme de la Caroline, site de la Pointe du Hourdel, classé depuis le 24 juillet 2006 par décret ministériel, est de créer sur la zone de la Ferme un bassin de chasse suffisamment important pour créer une chasse d’eau lors de la basse mer et de refluer les sédiments en Baie. De plus un objectif est de maintenir des paysages maritimes et de reconstruction des paysages des bas-champs, intégrant la labellisation de la baie en tant que Grand Site de France.
Enjeux de la dépoldérisation
La dépoldérisation a pour objectif de recréer un habitat intertidal qui permet notamment la création d’un habitat riche pour la faune et la flore et la protection contre les flots des terrains arrière littoraux. Les intérêts et enjeux de la poldérisation sont culturels et paysagers. Mais les objectifs reposent sur plusieurs constats : difficultés d’accès au port du Hourdel (étude de dépoldérisation), colmatage progressif de la Baie (objectif de maintien des paysages maritimes), et évolution de l’exploitation des carrières (ce qui pose la réflexion sur la renaturation des carrières et reconstruction paysagère des Bas-champs).
La dépoldérisation peut faire disparaître des éléments paysagers caractéristiques : digues, canaux, fermes. Mais la dépoldérisation, « coupure verte » peut aider à lutter contre la poursuite de l’urbanisation littorale. Des enjeux qui sont aussi économiques : Les terres dépoldérisées sont de faible valeur économique et sont déjà protégées. Les près salés augmentent les rendements obtenus en conchyliculture. La dépoldérisation coûte moins cher que l’entretien à long terme des digues (contexte de l’élévation du niveau marin), et elle favorise le développement local (tourisme de nature). Au niveau environnemental, la création de vasières et de près salés augmente la productivité et de la biodiversité littorale. Elle favorise le renouvellement de la population piscicole (frayère et nurseries) ainsi que le piégeage de polluants arrivant du bassin versant. Au niveau technique et hydraulique, elle contrôle l’hydraulique du plan d’eau avec la possibilité de chasse, contrôle du niveau d’eau et aussi protection contre la mer : zone viable et efficace.
Le projet de dépoldérisation
Le but des études entre le Conseil Général de la Somme et la SOGREAH, cabinet d’étude et de modélisation de la Baie de Somme dont la première étude date de mai 1994) permettra d’actualiser la connaissance du secteur sud de la Baie de Somme, le site du Hourdel et en rappeler les mécanismes d’évolution.
La pointe du Hourdel doit devenir une zone « nature », les paysages devant exprimer le caractère naturel des différents milieux. L’aspect maritime doit être dominant, c’est pour cela que la dépoldérisation est le maître mot de cette étude, ainsi que le remblaiement des carrières et le dragage progressif des bancs de sables, pouvant ainsi maintenir un accès au port, améliorer l’hydraulique et le ralentissement de la progression des mollières, de renforcer également la présence de l’eau de mer au Hourdel. Cela améliorera l’écoulement dans le chenal et l’efficacité de chasse, sans oublier le maintien des fonds du port à la cote actuelle.
Constat et solutions recherchées
Le constat actuel repose sur un diagnostic de l’évolution récente des fonds de la baie et de la tendance à dégrader les conditions d’accès au port. Les solutions recherchées comporte deux composantes majeures : le colmatage des fonds et la divagation du chenal (d’où la dépoldérisation et dragage) et reconstitution des paysages des carrières.
La solution envisagée étant de procéder à un état des lieux de la zones et de préciser les éventuelles contraintes du milieu hydraulique, paysager, naturel et de son contexte socio-économique. Examiner également la faisabilité de l’extraction de sédiments de la Baie au voisinage du Hourdel et la mise en dépôts dans les carrières juxtaposant du Hourdel sans oublier la reconstruction des paysages des Bas-champs. Enfin le projet doit se situer dans la démarche globale de développement touristique de la zone et dans les opérations d’aménagement en cour comme la gestion du site classé de la Pointe du Hourdel.
Cela se traduit par la création de replat sur les digues permettant l’expérimentation de la reconquête végétale et valorisation des déblais. On trouve trois variantes : la solution de type bassin, de type filandre simple ou filandre double. Une opération de ce type permettrait de maintenir l’avancée de la pointe du Hourdel et de minimiser les mouvements du chenal (sécurisation de la navigation), et les dépôts à la pointe pourraient permettre en outre d’alimenter les zones amont qui sont soumises à l’érosion.
La suite de l’étude
Il s’agit de la mise en œuvre du modèle mathématique de cette 7e étude de la SOGREAH. Le but est de reproduire la dynamique sédimentaire du secteur du Hourdel et d’analyser les évolutions sur 20 ans en l’absence d’aménagement, et de tester ensuite les scénarios d’aménagements proposés.
Parmi les questions posées, M. Montassine se demande « Qu’est-ce qui est fait depuis et où en est-on ? C’est un projet qui dure depuis des années, et on ne voit rien aboutir. Et une Baie de Somme sans ses pêcheurs ne sera plus la Baie de Somme comme on l’a connue ».
« Il s’agit d’une étude très claire, mais c’est un projet pour les pêcheurs, éleveurs, agriculteurs et des ressources marines » indique Christophe Lefebvre, du Conservatoire du littoral, et de poursuivre, « Il y a le problème des méandre hydraulique et il ne faut pas laisser les sédiment à l’air libre. Quant à la ferme, il s’agit d’une verrue. Il faut la raser pour retrouver un paysage digne de la Baie de Somme ».
« La dépoldérisation est un effet de mode. Un bassin de chasse c’est bien, mais comme au Crotoy, il y a un coût et on ne sait pas quoi faire des sédiments. De plus une conversation sans argent, ce n’est que du dialogue et on en reparlera encore pendant des années et des générations » a souligné Nicolas Lottin, vice-président du Conseil Général, chargé de l’environnement.
En tout état de cause, le problème réside sur la dépoldérisation, qui peut engendrer des problèmes d’immersion des terres voisines et des villages. Ouvrir en eau entre la mer et la terre c’est bien, mais il faut avoir un ouvrage de régulation pour limiter les immersions coté carrières.
Le mot de la fin est revenu à Gérard Defacque, adjoint au maire de Cayeux, qui s’interrogeait : « Pour laisser de la terre à la mer, là on a de l’argent, mais pour défendre une digue contre des bas-champs existants et une ville, on a beaucoup de frais et pas d’argent pour trouver des solutions ».
L. Fromentin.
Photos : Zone de la ferme de la Caroline qui est concerné par cette dépoldérisation expérimentale.