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Les enjeux économiques et sociaux en Baie de Somme font partie des préoccupations du conseiller général Nicolas Lottin. Il propose, en plus du bois énergie de la Forêt de Crécy avec le PNR (parc naturel régional) un traitement des déchets et des laisses d’estuaire en engrais et compost avec un Label ou une AOC Baie de Somme pour la culture Bio.
A l’initiative de Nicolas Lottin, conseiller général du canton valéricain, également président de l’association de chasse du domaine public maritime, l’ACDPM Baie de Somme, un projet de ramassage et de traitement de laisse d’estuaire, aussi appelé « la marée », va être mis en place cette année 2008.
Une opération liant environnement et économie, dans le cadre du développement durable de la Baie de Somme, qui est la zone expérimentale, et dont l’objectif à terme est de créer une quarantaine d’emplois sur les deux secteurs susceptibles d'être exploités, et la fondation d’une association des 3 estuaires, Baie de Somme, Authie et Canche.
Ainsi, l’association de chasse, qui est porteuse du projet, fonctionnera en partenariat avec l’ADATP, l'association d'aide au travail protégé de Pendé, dirigée par Jean-Pierre Dumont, et soutenu par le Conservatoire du Littoral (avec son responsable local Christophe Lefebvre), tenter de faire renaitre une coutume et une activité qui existait autrefois, dont la modernité à mis à l’écart.
Pour l’ADATP, il s’agira d’une activité complémentaire à celles des espaces verts qui s’effectuent très peu en hiver, le but étant de créer également de nouveaux emplois et de s’étendre aux chantiers d’insertion. Un projet écologique, économique et social.
Créer un engrais pour la culture
En effet, depuis bien longtemps en Baie de Somme, ce terme de laisse d’estuaire ou de mer, après chaque fortes marées, qui est composé de végétaux, d’algues, de coquillages, de bois flottés mais également de déchets comme le plastique, le verre, le pétrole, etc., était utilisé comme engrais par les habitants de la Baie et du littoral comme les paysans et maraichers pour leurs cultures et leurs jardins.
Cette exploitation a prit fin durant les trente glorieuses, où le remembrement des terres et les engrais chimiques ont fait leur apparition. Dans le milieu des années soixante, avec l’apparition des sacs d’engrais en plastique, la laisse d’estuaire est tombée dans l’oubli. Pourtant, quelques anciens de façon sporadique la ramassent encore car ils en connaissent les vertus.
« C'est naturel, ça fait pousser et en plus c'est gratuit, il n’y a qu'à se baisser. Après certains coups de mer c'était des dizaines de chariots avec leur attelage de Boulonnais qui arrivait en Baie pour préparer les futures récoltes » indique Nicolas Lottin, et d’ajouter, « Aujourd’hui, peu de gens connaissent encore les vertus de l’absinthe de mer et des guis et l’utilisation de la laisse d’estuaire est devenue insignifiante ».
Un projet pour éviter que la Baie ne se meure
Si les laisses de mer sont utiles écologiquement sur les plages ou au pied des dunes, l'atterrissement de ces déchets de plantes en Baie servent de fertilisant et augmente la prolifération du chiendent maritime qui conduit à la disparition de la biodiversité au fur et à mesure de sa progression. Un constat qui a été constaté sur le terrain et lors de nombreux colloques scientifique.
Suivant le conservatoire botanique de Bailleul, 20 hectares de lilas de mer disparaissent tous les ans dus à la prolifération du Chiendent Maritime. 30 à 80 tonnes de biomasse par hectare de Mollières qui disparaissent également et 2 000 ha de mollières en Baie de Somme qui incluse une perte de pâturage et qui engendre une perte de biodiversité. Les grandes marées de mars 2007 ont apporté plus de 80 cm d’épaisseur sur des dizaines d’hectares.
Le chiendent maritime accélère également le processus d'ensablement de la baie de Somme, la marée ne jouant plus son rôle de chasse d'eau, et n’évacuant que trop peu de sable et de déchets organiques lors du reflux de la marée. Le ramassage des laisses d’estuaire et des déchets freinera aussi ce processus. Enfin, cette activité de ramassage permettra de baisser le taux de nitrate dû aux déjections des ovins, comme les moutons de Pré-salé, qui répond à une pollution sur la zone des coquillages en Baie.
Une expérimentation dès octobre
« Cette remise en place d’une économie qui existait autrefois permet de réaliser deux sortes d’opération. Une opération écologique, avec une aide du département qui intervient pour l’expérimentation à hauteur d’une subvention de 40%. Et une autre opération de nettoyage et de tri des déchets » précise Nicolas Lottin, et de poursuivre, « D’octobre à fin avril, deux secteurs vont être exploités. La Baie sud, du Cap Hornu à la digue de la Gaïté, et le Nord du bassin de chasse du Crotoy à la digue du Mollenel du fond de Baie. Cela représente environ 12 km de linéaire. La quantité de laisse peut alors représenter 10% de la biomasse soit 10 à 16 000 tonnes par an ».
Il apparaît nécessaire d’alterner le ramassage entre les deux parties de la Baie car la laisse d’estuaire de la Baie Nord n’est pas la même que celle que l’on trouve en Baie sud. Les moyens de cette expérimentation sont avant tout humain, avec du matériel adapté à la configuration du terrain et en respect écologique du milieu.
La laisse sera ramassée par les travailleurs handicapés de l'ADATP à l'aide de fourches pour exporter les déchets flottants et pour nettoyer la matière première. La laisse d’estuaire sera transformée en compost par passage au broyeur de végétaux, sur un terrain prêté par la DDE et répondant aux normes sanitaires. Enfin, le chargement sera fait dans un camion de type « benne à ordures ménagères » facilitant également la transformation de la laisse. Elle sera ensuite stockée afin de la valoriser avant de la commercialiser en sac.
Des avantages pour la culture Bio
« Les avantages du projet sont le travail en collaboration entre un chantier d’insertion et le centre d’aide au travail et de créer ainsi une nouvelle économie durable et de créer un marché du travail avec les collectivités locales via la loi Handicap, qui doivent embaucher 6% de la population » a indiqué Nicolas Lottin, et de poursuivre, « Aujourd’hui, les résultats des analyses effectuées par le CAT avec l’aide du laboratoire départemental du Conseil Général de l’Aisne sont encourageants. Concernant le maraichage avec l’agriculture Bio, on pourra peut-être apporter un Label ou une AOC (une appellation d’origine contrôlée) supplémentaire en Baie de Somme. Enfin on pense aussi à l’utilisation du produit fini comme paillage pour les pieds de vigne des vignobles champenois »
A terme, le but pour l’ACDPM est de réinjecter les bénéfices dans l’entretien des habitas de la Baie de Somme et du littoral en zone de préemption dans le but d’effectuer des aménagements. Enfin, ce projet local qui a reçu notamment l'aval du préfet, du conservatoire du littoral et qui entre dans le cadre du Pôle d’Excellence Rural et du GIS, le projet pourra se développer en créant l’association des trois estuaires (Baie de Somme, Authie et Canche), ainsi que sur d’autres estuaires français, et voire européens.
L. Fromentin
Photo 1 : Nicolas Lottin est très attaché à ce projet de traitement de laisses d’estuaire.
Photo 2 : La laisse d’estuaire en Baie de Somme sud est très importante lors des grandes marées. Des tas sont déjà prêts pour l’expérimentation.